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07-09-2010
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Il faut sauver les oiseaux ! Version imprimable Suggérer par mail

Une conférence donnée à la Cité des Sciences et de l’Industrie a permis d’évaluer l’ampleur du problème de l’extinction de certains oiseaux endémiques de Polynésie française.

Caroline Blanvillain a conclu sa conférence par une question à laquelle chacun devrait essayer de répondre : « Qui prendra le relais pour sauvegarder les espèces d’oiseaux endémiques en voie d’extinction ? » Car Caroline, qui vit et travaille actuellement en Polynésie, va repartir en Métropole d’ici un an. Ancienne spécialistes des bovidés et des cervidés, elle est actuellement la seule personne qui travaille à temps complet sur ce sujet en Polynésie, pour lequel elle est payée par la Société d’Ornithologie de Polynésie. Elle forme des Polynésiens… Mais sauver des oiseaux ne peut se faire que grâce à des programmes menés à moyen ou long terme. Elle espère qu’une prise de conscience sera très rapidement réalisée car ce problème constitue une perte irréversible du patrimoine actuel des îles de Polynésie.

L’extinction est un phénomène irréversible

Une fois qu’une espèce a disparu, il est impossible de la faire renaître. Une espèce endémique est une espèce qui n’existe que dans une zone géographique donnée. Plus précisément, ce sont des espèces qui, en ce qui concerne la Polynésie, n’existent qu’ici. La probabilité pour que les espèces d’oiseaux endémiques les plus menacées disparaissent dans les 5 ans à venir est de 50 %. Les Polynésiens « ignorent » qu’ils ont eux aussi des oiseaux., contrairement à la Nouvelle-Zélande où 1 500 personnes agissent dans le domaine de la sauvegarde des oiseaux (chez eux, il y a le même nombre d’espèces endémiques en voie de disparition), soutenu et financé par le gouvernement. (Ces dernières années, on a assisté à un nouveau tatouage…). Les oiseaux font partie de la culture polynésienne. Combien existe-t-il de légendes sur eux ! Ils constituent un potentiel économique de la culture maorie (langue, qui pourrait être développée) car les touristes se tournent de plus en plus souvent vers l’écotourisme : voir en Polynésie, dans la nature et pas en captivité, des espèces d’animaux qui n’existent pas ailleurs constitue un attrait à ne pas négliger.
Un fabuleux patrimoine naturel ?
Or la Polynésie possède 26 espèces d’oiseaux endémiques alors que, en comparaison, la France métropolitaine n’en compte qu’une. On trouve dans nos îles, 5 espèces de pigeons verts, 2 espèces de tourterelles, 2 espèces de pigeons géants ou carpophages, 4 espèces de martins-chasseurs, 4 espèces de fauvettes, 4 espèces de monarques (plus populairement appelés gobe-mouches, 1 espèce de palangres, 1 espèce de bécasseaux polynésiens et 3 espèces de lori (petite perruche). Les espèces les plus menacées sont au nombre de 3 : le monarque de Tahiti (O’mamao ou gobe-mouches), la gallicolombe de la Société (Tutururu ou tourterelle terrestre) et le carpophage des Marquises (upe ou pigeon géant). Ce ne sont pas les seules ! Parmi les 26 espèces de Polynésie, 18 sont également menacées d’extinction à cause, souvent, de l’introduction par l’homme d’un ou plusieurs prédateurs sur les îles. Ces oiseaux n’engendrent généralement qu’un petit par an et, malheureusement, se méfient peu de ces prédateurs, ayant toujours vécu tranquilles avant l’arrivée de l’homme.
Mais d’autres causes existent comme la modification de l’habitat humain et l’introduction, par exemple, de plantes qui nuisent à ces espèces ou le surpâturage par les ruminants introduits (mouton, chèvre, vache, cheval…) par les Européens.
La plupart des espèces endémiques menacées ne survivent plus que sur une île où l’introduction d’un prédateur leur serait fatale. D’où l’importance d’une meilleure prévention et information du public en ce qui concerne l’introduction d’espèces étrangères sur ces îles. Caroline et les personnes qui travaillent avec elle, dont les membres de la Société d’Ornithologie de Polynésie, ont effectué de nombreuses recherches sur ces trois espèces menacées.

La lutte contre les prédateurs : une tâche ardue

Le cousin du monarque de Tahiti, le monarque de Rarotonga, qui était menacé par la prédation exercée par les rats, a pu être momentanément sauvé. La colonie comportait au départ 36 oiseaux. Actuellement, la population de monarques a pu être ramenée à 200 individus, un nombre à peu près égal à la quantité de touristes qui viennent chaque année en Polynésie exclusivement pour voir ce miraculé des mers du sud. Le monarque de Tahiti, quant à lui, ne survit que dans quatre vallées de l’île. Au début de l’observation, Caroline avait dénombré une colonie de 25 individus dont 3 jeunes. En trois ans, 12 jeunes ont survécu à l’envol mais la population de cette espèce est toujours de 25 car les vieux oiseaux sont morts. On a donc pu rajeunir la population de cette espèce en attendant l’accroissement des individus la constituant. Sa particularité est d’avoir un plumage différent selon l’âge : jusqu’à  l’âge de 4 ans, cet oiseau présente des plumes orange, après quoi son plumage devient noir (d’où la facilité pour l’observer et déterminer le rajeunissement de la colonie). Le principal danger pour cette espèce est le rat, qui mange les œufs dans leurs nids. L’une des parades fut de dératiser les vallées mais aussi de baguer les arbres sur lesquels vivent ces oiseaux (pis pis ou tulipier du Gabon).
Cependant, le rat ne constitue pas le seul danger pour cette espèce. En effet, les espèces introduites (merle des Moluques et bulbul) s’attaquent aux adultes et aux jeunes monarques. L’idéal serait de diminuer le nombre d’individus de ces deux espèces introduites mais, dans le pire des cas, d’autres solutions pourraient être appliquées : capturer les monarques et les élever en captivité ; collecter les œufs dans les nids, les faire éclore, élever les oiseaux puis les relâcher une fois qu’ils sont capables de survivre dans la nature. Ces techniques sont actuellement réalisées à Hawaii de façon satisfaisante et la Société d’Ornithologie de Polynésie envisage d’importer cette technologie.
La deuxième espèce en voie de disparition, qui fait partie des recherches et études de Caroline, est la gallicolombe de la Société appelée tutururu. De 1920 à nos jours, l’ère de répartition de cette petite tourterelle terrestre, par ailleurs une espèce extrêmement confiante et très attachante, s’est réduite de une par île tous les quatre ans. On ne connaît plus qu’une dernière population de 12 à 50 oiseaux sur une dernière île. L’inventaire des oiseaux et des prédateurs introduits sur huit îles inhabitées des Tuamotu a permis d’établir que le petit rat polynésien suffit à lui seul à provoquer l’extinction du tutururu. On ne parle pas du rat noir, du chat, du chien ou du cochon… Dératisation et multiplication des tutururu en captivité sont pour l’instant les deux moyens utilisés afin de prévenir l’extinction de cette espèce.
Le carpophage des Marquises, dont il ne reste qu’une centaine d’individus sur Nuku Hiva, est une espèce parfois encore braconnée par la population polynésienne locale. Le principal ennemi pour cette espèce est sans doute la modification et la perte de son habitat dues à des espèces végétales envahissantes et aux mammifères herbivores mais aussi l’introduction de prédateurs des nids ou des adultes tels que le rat noir, le chat, le pigeon de Paris (comme tous les Parisiens le savent, cette espèce est vecteur de nombreuses maladies). Toutes ces raisons ont amené la Société d’Ornithologie de Polynésie soutenue par le maire Léon Litchlé, à tenter d’établir une population de carpophages sur l’île de Ua Huka. Pour l’instant, sur les 5 oiseaux qui ont été amenés sur l’île il y a 6 mois, 4 seulement ont survécu. Une phase d’adaptation et d’intégration qui devrait précéder un repeuplement de l’île. C’est le Programme régional pour l’environnement qui soutient de manière déterminante les opérations de sauvegarde du monarque de Tahiti. Le FIDES (Fond d’investissement pour le développement économique et social des TOM) a été le principal financier au début des études réalisées sur la gallicolombe et le carpophage. Le BP (British petroleum) conservation, lui, a permis de poursuivre les opérations de sauvegarde du tutururu. Cette année, 18 jeunes du Lycée Gauguin ont effectué un recensement de la fauvette de Tahiti. Conclusion : la Polynésie s’est beaucoup inquiétée de ce qui s’est récemment passé aux Galapagos et des conséquences de la marée noire sur les espèces animales présentes dans ce secteur géographique. Toutefois, elle ne doit pas oublier qu’elle aussi possède une richesse et un magnifique patrimoine au niveau de sa faune et de sa flore. L’extinction d’une espèce n’est pas une fatalité devant laquelle l’homme est impuissant.
Caroline, qui donnera très bientôt une conférence en Polynésie, laquelle sera suivie le lendemain, d’une table ronde avec le gouvernement, nous livre un message à méditer : « La terre ne nous est pas donnée par nos parents, elles nous est prêtée par nos enfants… lesquels risquent bien de nous demander un jour ce qu’on a fait de leurs oiseaux… »

Cheyenne Law

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