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07-09-2010
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La métamorphose de l’Afrique Version imprimable Suggérer par mail
Continent rejeté au fil des ans dans une sorte d’angle mort de l’économie mondiale… L’Afrique est, aujourd’hui, victime d’incompréhension dans un système où la mondialisation, faute de temps et d’observation, écarte tous ceux qui ne possèdent pas les critères fondamentaux pour entrer dans le grand concert des nations.
Ainsi, l’on aura beau évoqué inlassablement l’effacement de la dette, ou le bien-fondé de l’aide globalement accordée…les maux qui l’assaillent, sans parler de la famine, du Sida et de la corruption… L’Afrique sera toujours à l’arrière plan, si les dirigeants politiques ne décident pas, une fois pour toutes, de modifier leur regard et leur état d’esprit à l’égard de ce continent aux multiples opportunités.

« Ecouter les opérateurs en Afrique » n’est pas chose vaine, ni quelconque prophétie… Mais bien une réalité à laquelle refusent de se soumettre nombre de gouvernants internationaux. Or, comme le précise Gérard Pélisson – Président du Conseil français des investisseurs en Afrique (CIAN) – dans son rapport 2005 sur le développement du monde, la Banque mondiale écrit : « L’amélioration du climat d’investissement est le premier pilier de la stratégie globale de développement de la Banque mondiale » soulignant, par ailleurs, que cette politique se révèle infiniment plus efficace que toute forme d’aide publique au développement… Clin d’œil donné à l’entreprise privée qui semble donc être au cœur du processus de développement, incitant – par avance – les intervenants à aboutir à un dialogue permanent Public Privé…
Car, soulignons-le, si les fonds de l’aide publique au développement sont indispensables, sans la dynamique de l’initiative privée, notamment dans les infrastructures, la productivité économique des PED restera faible.
L’on en veut, pour exemple, les affirmations du directeur général de Veolia Water, Antoine Frérot qui proclame : « Sur un continent marqué par le stress hydrique et le sous-équipement en infrastructures, l’alimentation en eau potable et en électricité constitue un enjeu majeur pour les décennies à venir. La collecte et la dépollution des eaux usées le sont également… Et de poursuivre Notre originalité sur le continent africain est d’être à la fois un opérateur d’eau et d’électricité…Au Niger, dans le cadre d’un contrat d’affermage, nous sommes gestionnaire des services d’eau de 52 centres urbains, dont ceux de Niamey, la capitale. Au Gabon, nous investissons chaque année plus de 40 millions d’euros en fonction des cash flow disponibles. » Pour cette entreprise qui, avec plus de 6 500 collaborateurs, a réalisé – sur le continent, en 2003 – un chiffre d’affaires de 450 millions d’euros, soit 13% du chiffre d’affaires de Veolia water à l’international… le partenariat public/privé n’est pas, selon Antoine Frérot « un système figé, mais qui a su s’adapter aux nouvelles exigences des autorités publiques et des consommateurs citoyens ». La flexibilité de ce système étant un atout capital à l’heure où l’on ressent la nécessité de faire évoluer les modes de gouvernance sur le continent africain et de répondre aux besoins croissants de la population.

Les raisons d’être optimiste

Nombre d’indices le démontrent, avec un taux de croissance de 5,1% en 2004, le continent noir a connu sa plus belle performance depuis huit ans… Selon les experts, la tendance devrait se confirmer en 2005 et 2006. Cette expérience, même si elle doit beaucoup à la hausse des matières premières, traduit l’émergence d’une nouvelle Afrique où le dynamisme économique va de pair avec la démocratie.
Et même si l’environnement n’est pas toujours favorable, fluctuant, parfois morose…L’on peut toutefois noter une amélioration  pour ce qui est des investissements directs étrangers qui ont progressé de 28% en un an et dépassé 15 milliards de dollars en 2003. Le secteur qui reçoit en priorité (50% à 80%) les investissements étrangers est celui des ressources naturelles (pétrole, mines, coton, cacao…). Suit le secteur des infrastructures (notamment dans les télécommunications et l’électricité) puis celui des services.
Un contexte qui nécessite donc de multiples conjonctions. Car si la dotation en ressources naturelles et humaines est un élément déterminant pour un investissement étranger, d’autres atouts sont indispensables : infrastructures collectives (réseaux de transport et de communication), environnement économique et commercial sans distorsion de concurrence, conjoncture politique stable, accords commerciaux préférentiels, cadre législatif transparent à l’égard des IDE.
A cet égard, il convient d’observer l’effort consenti par de nombreux partenaires comme l’Ouganda et ce en matière de stabilité macroéconomique, de réduction des barrières douanières, de réforme des services fiscaux et judiciaires. Le PIB par habitant a connu une croissance de plus de 4% l’an entre 1993 et 2000 et le pourcentage de la population pauvre a chuté de 56% en 1992 à 35% en 2000.
Pour renforcer la vitalité économique, plusieurs pays ont libéralisé l’environnement des affaires en privatisant les entreprises publiques (Madagascar dans l’Océan Indien), en assouplissant l’obligation de s’allier au capital local, en réduisant le nombre de secteurs interdits aux étrangers (Ghana) ou en accélérant les procédures d’autorisation (Kenya).
Bonne forme et dynamisme sont également perceptibles dans le secteur des échanges et du commerce extérieur… Vecteur fondamental pour mieux intégrer l’Afrique dans le commerce mondial.
En 2003, les exportations africaines dépassent 174 milliards de dollars. La balance commerciale est excédentaire de 5 milliards de dollars, grâce à une excellente tenue des cours mondiaux des produits de base qu’elle exporte et une relance de la demande venant davantage de l’Asie, et en particulier de la Chine, que de l’Europe… Il faut souligner que, pour la Chine, la dimension économique des relations avec l’Afrique l’emporte sur l’aspect politique, même si Pékin cherche l’appui des pays africains à la Commission des droits de l’ONU, avec un discours de non ingérence, et de « lutte anti-impérialiste et anti-colonialiste »… Pour l’empire asiatique, l’Afrique est avant tout un marché à conquérir qui doit permettre d’écouler la production manufacturière chinoise et d’acheter au continent des matières premières. En 2000, les échanges s’élevaient à 10 milliards de dollars ; en 2003, ils étaient de 16 milliards, dont 30% concernaient l’Afrique du Sud.
Mais, hélas, l’arbre est loin de cacher la forêt ! Au commerce mondial, l’Afrique a vu sa contribution passer de 3,3% à 1,6% entre 1980 et 2000. La raison : les pays africains souffrent d’une faible diversification des produits exportés généralement de faible valeur ajoutée, notamment dans les secteurs agricoles et les matières premières (60% des exportations). La part des produits manufacturés de base, de simple transformation, ne représente, elle, que 11%, avec des exceptions notables à Maurice (76%) et en Afrique du Sud (71%). A cela s’ajoute le handicap d’infrastructures de transport insuffisantes, véritable obstacle aux échanges en raison de leurs coûts élevés… Quant aux importations, elles sont constituées à 80% de produits manufacturés.
L'Afrique, comme nous le constatons, a donc une autre image que celle que l'on lui prête habituellement. C'est aussi une terre de Bourses, de gratte-ciel, de cybercafés et de classes moyennes de plus en plus nombreuses. C'est un continent qui marche au rythme d'une économie qui tient à maintenir le cap, grâce à de multiples facteurs…

Un développement qui passe par la microfinance

Levier incontournable du développement communautaire – depuis plus d'une dizaine d'années – la microfinance s'est imposée comme l'une, si ce n'est la meilleure alternative financière, pour permettre aux plus pauvres, notamment ceux des pays du Sud, d'accéder au capital. Plusieurs établissements financiers dans le monde ont fait le choix de cet outil de développement. A cet égard, l'entreprise canadienne Desjardins Développement International (DDI) est un exemple notoire, spécialisée dans la mise en place de réseaux de coopératives d'épargne et de crédit auprès des "populations les moins nanties" des pays en voie de développement ou émergents.
L'entité est ainsi présente dans une douzaine de pays africains. Au Burkina Faso, ou elle est implantée, depuis plus de trente ans, elle est associée au Réseau des caisses populaires du Burkina Faso (RCPB). DDI est également présente au Mali, au Cameroun, en Tanzanie, à Madagascar, au Bénin… "Nous faisons de la finance de proximité" explique Anne Gaboury, présidente-directrice générale de DDI.
L'épargne a donc la part belle sur le continent et souvent le seul moyen financier de se préserver de l'avenir… Ainsi au Ghana, un nombre considérable d'épargnants, munis de liasses de billets sont venus acheter des parts d'un fonds commun de placement dont le rendement s'élève à 60% par an, en moyenne depuis sept ans. Ce fonds est, ici, géré par une société locale, la Databank, qui investit sur les marchés d'actions au Ghana, au Nigeria, au Botswana et au Kenya, lesquels se classent régulièrement parmi les premiers du monde en termes de croissance.
L'économie fonctionne, un système existe… Et ne pas parler de cette Afrique-là qui, comme la Somalie, possède un secteur privé florissant… c'est donc faire la caricature unidimensionnelle d'un continent particulièrement complexe. Car entreprise et Afrique ne sont pas deux contradictions mais bien deux réalités qui dialoguent, convergent vers des projets qui font, à leur tour, naître de nouveaux espoirs.
Et les exemples abondent… Kafo Jiginew, « l’union des greniers » en bambara est une histoire à succès ! Créée en octobre 1987 avec l’appui de la Fondation du Crédit coopératif, de quatre ONG et de l’Union européenne, Kafo Jiginew – réseau mutualiste de caisses d’épargne et de crédit, implanté essentiellement au sud du Mali, a une particularité : la ruralité. C’est une banque faite pour les paysans. « Au début, personne n’y croyait se souvient Alou Sidibé –directeur général – Les gens pensaient que des paysans qui ne savent ni lire ni écrire sont incapables de s’engager dans cette démarche… Mais le résultat est là. » Avec 130 caisses locales, 190 000 sociétaires (contre 50 caisses et 32 000 sociétaires en 1994) et plus de 11 milliards de F CFA de ressources, Kafo a atteint l’équilibre financier et opérationnel. L’institution est aujourd’hui le premier organisme de microfinance du pays.
Aujourd’hui, comme nous pouvons l’observer, la microfinance draine sur le continent beaucoup plus d’habitants que les services financiers des banques « traditionnelles »… En 2003, la Banque centrale d’Afrique de l’Ouest estimait que 3,4 millions de personnes exclues du système bancaire classique bénéficiaient de ces services. Un taux de pénétration de 27% ! Pas moins de 671 institutions… Un record qui donne vigueur et stimule des nations entières.

Des placements garantis

L’explosion de la finance en Afrique, a donc suscité des « vocations », qui ont – aujourd’hui – la puissance et la notoriété… Première banque d’affaires sénégalaise, la CGF (Compagnie de gestion financière) illustre bien cette nouvelle donne.
Après plusieurs années passées à la Chase Manhattan Bank puis à la Citibank, Gabriel Fal, banquier réputé et reconnu sur la place de Dakar, décide de voler de ses propres ailes. Il fonde la Compagnie de gestion financière (CGF Finance), première banque d’affaires au Sénégal… Deux ans plus tard, il passe à la vitesse supérieure : il fonde CGF Bourse et devient administrateur de la toute nouvelle bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), à Abidjan. Une ascension qui est le fruit d’une bonne connaissance des marchés financiers et d’une conjoncture favorable… Car, ici, depuis peu, les banques commerciales retrouvent progressivement leur superbe. Au Sénégal, les chiffres 2004 le confirment. L’argent déposé sur les comptes bancaires se chiffre à 1 256 milliards de F CFA, en augmentation de 16% par rapport à 2003. C’est essentiellement le fait des migrants qui rapatrient en masse leurs économies. Ces transferts étant estimés à 7% du PIB au Sénégal…
Quant au Ghana, il est le bon élève du développement et le nouveau chouchou de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international, des Etats-Unis et du Royaume-Uni… Cette ex-colonie britannique est, en effet, devenue un modèle. Encore une expérience encourageante, qui réconcilie les bailleurs de fonds avec les dirigeants africains ! Notez plutôt, la Ghana Stock Exchange (GSE) a été la place boursière la plus rentable au monde en 2003. La bourse ghanéenne est celle qui a enregistré la plus forte progression de son indice boursier sur la soixantaine d’indices analysés à travers le monde. Le Databank Stock Index (DSI) a en effet cru de 144%. La GSE a ainsi réalisé la meilleure performance de ces douze années d’existence… A la fin de l’exercice 2003, 25 entreprises y étaient cotées, dont la prestigieuse Ashanti Goldfields, récemment rachetée par Anglogold pour une capitalisation boursière de 1,4 milliard de dollars US.
En 2003, la rentabilité moyenne des bourses africaines, selon Databank, se situait autour de 41% (en dollars américains). Pour comparaison, elle était de 30% dans le monde, 32% en Europe, 26% aux Etats-Unis et 36% au Japon. Souvent négligées en raison de leur petitesse et du risque encouru, les bourses africaines sont pourtant de plus en plus performantes. Une situation qui s’explique facilement : plus un investissement est risqué, plus il est rentable.
Outre le Ghana, l’Ouganda, le Kenya, l’Egypte, le Nigeria et Maurice comptent parmi les plus performantes bourses africaines avec des taux de croissance de plus de 50%...
Un état des lieux qui tend, quelque peu, à amoindrir la sinistrose ambiante, responsabiliser l’Afrique et ses opérateurs. Modifier, enfin, l’image d’un continent fataliste, terre de tous les maux, gouffre sans fond, voué éternellement à l’abîme et au désespoir.

Chantal GUIONNET
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