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Alors même qu'aujourd'hui, la relation entre le Nord et le Sud de la Méditerranée se situe à un tournant... le dernier élargissement de l'Union européenne pose avec acuité la question de la définition des frontières de l'Europe.
L’Euro Méditerranée, mythe ou réalité ? Problématique sur laquelle se penchent politiques, économistes et autres chercheurs lors de rencontres thématiques dont le Forum de Paris – dans sa volonté de dialogue, comme lieu d’échange – s’efforce au travers de moult interrogations, d’en définir les contours, d’en dénommer les actions, de profiler une politique adaptée à chaque besoin d’une conjoncture soumise aux aléas de sa situation. Alors même qu’aujourd’hui, la relation entre le Nord et le Sud de la Méditerranée se situe à un tournant… le dernier élargissement de l’Union européenne pose avec acuité la question de la définition des frontières de l’Europe. Le schéma est symbolique… Au Nord, une.Europe développée et démocratique, très soucieuse de préserver sa prospérité. Au Sud, des pays arabo-musulmans qui, jusqu'à présent, n’ont pas réussi à s’engager dans un développement économique et politique stable. L’Europe, parce qu’elle vieillit et qu’elle est fondée sur l’ouverture et l’échange, doit, à tout prix, insérer ce bassin méditerranéen dans les flux mondiaux. Simultanément le Sud arabo-musulman doit accepter la modernité. Or, force est de constater qu’à présent, la tentative du repli identitaire est très forte de deux côtés. Et les conséquences qui découlent d’un tel choix seraient terribles : le chaos et un irrémédiable déclin ! Sans assombrir le tableau, l'heure st donc au ressaisissement et à la concertation, afin de transformer la Méditerranée en un espace d'échange et de coopération. Lancé en 1995, le processus de Barcelone aura-t-il suffi à jeter les bases en mettant en œuvre "la politique européenne de voisinage" ? Comme fer de lance, promouvant le changement… amorce d'une nouvelle ambition, il fut prometteur. Comme l'a récemment souligné Charles Milhaud, président du directoire de la Caisse Nationale des Caisses d'Epargne et partenaire du Forum de Paris sur les défis de l'Euro Méditerranée : "Alors que dans les années 80, les pays méditerranéens attiraient plus de 15 % des investissements directs étrangers à destination des pays en développement, depuis le milieu des années 90 leur part dans les flux d'investissement direct étranger n'a jamais dépassé 5 %." Et de préciser "Tout comme d'autres investisseurs occidentaux, les investisseurs européens ont privilégié l'Europe de l'Est et l'Asie du Sud Est". Il faut dire que le climat y est plutôt morose incitant les investisseurs étrangers européens de concert avec les institutions financières internationales à une plus grande méfiance, mettant en cause la mauvaise gouvernance de ces pays, la faiblesse juridique et de manière plus générale, la sécurité des transactions économiques et financières… Notons, toutefois, qu'aucun des Etats riverains n'a un avenir clair. Le royaume marocain se maintient mais sa transformation en monarchie moderne institutionnelle est loin d'être accomplie. L'Algérie est malade à la fois de l'islamisme et du poids des militaires. La Tunisie réussit plutôt dans le domaine économique mais demeure soumise à un régime policier. La Libye du colonel Kadhafi est une survivance des dictatures arabes dites modernistes des années 1950-1960. L'Egypte, ce colosse démographique du monde arabe, n'a pas vraiment décollé. Enfin le Proche-Orient reste enlisé dans le conflit israélo palestino arabe. Dans ces conditions, comment faire de la Méditerranée une zone d'interdépendances dynamiques, recréation démocratique du "Mare nostrum" des Romains ? En tant que trait d'union, dans une volonté commune de relever ensemble le défi économique, transformant fondamentalement l'environnement des affaires…"La vision stratégique", comme l'affirme le président Chirac, est "porteuse d'avenir" ! Il ne faut pas désespérer d'un processus qui a besoin, pour exister, d'être étoffé de propositions concrètes comme la création à terme d'une banque euro-méditerranéenne de développement afin d'inciter les échanges et attirer les investissements au Sud. Dans un contexte où la faiblesse de l'Union européenne se heurte à une zone en proie à une crise économique et à un faible niveau démocratique, la question de la régionalisation à l'image de ce qui arrive aux Etats-Unis avec le Mexique reste d'actualité. "Il s'agit" comme le note S.E Cheikh Hamad Bin Jassim Bin Jabr Al Thani – Premier vice-premier ministre des Affaires étrangères de l'Etat du Qatar… "De tirer profit des aspects positifs de la mondialisation, d'augmenter la croissance et la productivité et d'accélérer le pas sur la voie de l'édification d'une économie de connaissance." Nous l'avons bien compris les relations avec le Sud, fondées sur une certaine dépendance, appartiennent au passé. Il s'agit désormais d'une véritable situation d'interdépendance économique entre la rive Nord et la rive Sud de la Méditerranée. Les Européens représentent toujours le 1er investisseur des pays partenaires méditerranéens avec 30 milliards d'euros par an. Au premier rang d'entre eux, la France, avec plus de 5 milliards d'euros. L'aide européenne dispensée au travers du programme Meda représente près de 5 milliards d'euros sur la même période, sans compter les aides publiques, et les mécanismes d'investissement innovants mis en place par la BEI avec la FEMIP. On notera que durant cette période, l'investissement privé est devenu majoritaire par rapport à l'investissement public. L'exemple de l'Algérie est emblématique de cet état de fait. "Chaque semaine une nouvelle entreprise française s'installe en Algérie. Chaque semaine, une nouvelle Chambre de commerce française vient prospecter en Algérie." Ces propos du chef de la mission économique de l'Ambassade de France à Alger, Pierre Mourlevat, résument l'intérêt des entreprises françaises pour l'Algérie. Avec plus de 55 milliards de dollars de réserves de change, un plan de relance de 60 milliards de dollars, le recul du terrorisme et la privatisation de 1 200 entreprises publiques, l'Algérie attire, en effet, de nombreuses entreprises de l'Hexagone. Arrivés au début des années 2000, les grands groupes français ne cessent de renforcer leurs positions en Algérie. Les exemples sont nombreux. Les groupes Castel, Michelin et Danone y possèdent plus de 40 % des parts de leurs marchés respectifs. En 2005, le groupe Suez a décroché près de 300 millions de dollars de contrats dans l'eau. Renault et Peugeot sont toujours en tête des ventes de voitures sur un marché estimé à 2 milliards de dollars par an. La Société Générale A1gérie, BNP Paribas El Djazaïr et Matexis Banque populaire Algérie sont en train d'étendre leurs réseaux d'agences bancaires à travers le pays et suivent de près la privatisation de trois banques publiques. Le groupe CMA CGM veut conforter sa place de leader sur le marché algérien et s'intéresse à la privatisation de certaines activités dans les ports algériens. En 2006, Air France prévoit d'ouvrir de nouvelles liaisons aériennes entre les villes algériennes et françaises. La liste est longue mais elle témoigne d'une politique volontariste d'élargir et d'approfondir les échanges, d'entamer un dialogue fécond. Si l'étroitesse du marché constitue un handicap tout comme la faible coopération régionale entre les pays, il n'en demeure pas moins vrai que des progrès significatifs ont été réalisés par ces nations, notamment en matière de modernisation pour ce qui est de leurs systèmes économiques. Opportunité pour les investisseurs européens, il s'agit de prendre en compte cette proximité géographique et culturelle avec l'Europe, d'entrevoir l'émergence de nouvelles générations d'entrepreneurs ouverts à des partenariats avec les investisseurs européens. De dynamiser en favorisant, entre autres, la création d'un espace de libre échange entre les pays du Sud, avec la mise en place d'une instance de régulation au niveau régional. Un environnement d'actions, de multiples concertations qui prendront place pour voir – un jour – se déployer une zone redéfinie, ne craignant pas la concurrence car forte de sa puissance retrouvée Chantal Guionnet |