Muhammad Yunus peut se féliciter de voir son action faire école. Deux ans après la création de la Fondation Grameen Crédit Agricole pour la microfinance ; les résultats sont encourageants. Modelant ainsi l'image d'une banque, à l'écoute de peuples, en quête d'avenir.
L'on connaît le Crédit Agricole pour sa politique mettant en œuvre une stratégie de croissance durable et rentable. Premier groupe bancaire en France, avec 28 % du marché des ménages. Il est n°3 en Europe et n°8 dans le monde par le niveau de ses fonds propres. Un constat qui ne serait faire oublier que «la première caisse locale du Crédit Agricole avait été créée sur le principe du microcrédit.» souligne Pierre Carron, président de Crédit Agricole SA. Engagée auprès des populations en difficulté financière en France, via les Points Passerelle, mais aussi sur des projets d'aides au développement en Arménie ou à Madagascar, la banque verte – à travers sa fondation – décida d'aller plus loin, en scellant un partenariat avec la Grameen Bank du Prix Nobel de la paix 2006, Muhammad Yunus, qui a prêté – depuis la création de l'établissement, au Bangladesh, en 1983 – quelque 8,8 milliards de dollars, dont près de 7,8 milliards ont été remboursés. Le Crédit Agricole a su donc saisir l'occasion, par cet engagement, de réaliser l' ambition d'une «entreprise citoyenne du monde». Fait unique, puisque c'est la première fois qu'un grand groupe bancaire mondial s'associe au groupe Grameen, pour une intiatve, de cette envergure. Depuis 30 ans, la Grameen Bank a démontré l'efficacité social du microcrédit, et plus largement de la microfinance dans la lutte contre la pauvreté, ainsi que la viabilité de son modèle économique dans le contexte des pays émergents. Grameen Trust, instrument de développement international du groupe Grameen est d'ores et déjà intervenu pour susciter ou soutenir des initiatives de microfinance dans 38 pays. Car, nonobstant le fait qu'il n'existe pas de définition universelle des Institutions de microfinance, la base de données du Groupe consultatif d'assistance aux pauvres (CGAP) recense toutefois 1050 instances lui adressant un rapport régulier, représentant 80 % des encours. Suivant une définition plus large, on peut estimer à plus de 10.000 le nombre total d'IMF, dans le monde. Des entités de nature juridique et de taille très variées, totalisant près de 150 millions de clients actifs, dans le monde, et 30 milliards de $ d'encours de crédit, en croissance de près de 30 % par an. Des institutions qu'il faut soutenir – dans leur réalisation - en leur permettant d'accéder à une plateforme d'assistance technique et de formation, à une bourse d'échange des meilleures pratiques et à des solutions technologiques innovantes. Car nombre de ces créations sont bridées dans leur développement par l'insuffisance de leurs ressources et de leurs fonds propres. Mais aussi par leur manque d'expérience et de formation pour professionnaliser et diversifier leur approche. Comme le précise Georges Pauget, directeur général de Crédit Agricole S.A : «La microfinance renouvelle le modèle économique des services bancaires de détail, dans le contexte des pays en développement ou émergents. Au travers de la Fondation, nous nous donnons les moyens financiers et humains, pour accompagner des IMF dans leur courbe d'apprentissage et dans leur croissance. Une stratégie qui constitue un enrichissement humain, pour le groupe et ses collaborateurs.» A ce jour, ce sont déjà 14 millions d'euros qui ont été engagés dans dix pays sur les 50 millions que la banque verte a apporté à la Fondation Grameen Crédit Agricole. «Nous avons voulu affirmer en période de crise que la finalité de la banque est de permettre aux gens d'être acteurs de leur destin.» s'exclame Pierre Carron. Une autonomie financière à laquelle beaucoup ont accédé, depuis lors, développant des actions, nouant un système de relations pour dynamiser l'économie villageoise. S'adaptant à une conjoncture où la pénétration du microcrédit reste très variable, suivant les régions. Relativement forte en Asie du Sud-est, sa présence est significative dans les pays d'Amérique latine, et beaucoup plus faible en Afrique, sauf dans quelques pays ; Maroc, Kenya, Ouganda, Ethiopie, Madagascar. Les bénéficiaires des aides accordées par la Fondation Grameen Crédit Agricole représentent donc 750.000 emprunteurs, dont 92 % sont des femmes, 52 % vivent en zone rurale et 62 % en Afrique subsaharienne. Au Sénégal, Jean-Luc Perron – délégué général de la Fondation – vient de révéler qu'un prêt de 328 millions de FCFA a été consenti pour accompagner le développement de l'institution de la Microfinance Caurie qui est une coopérative d'épargne et de crédit opérant dans 11 régions du Sénégal. Elle compte près de 30.000 emprunteurs actifs, exclusivement des femmes. D'ici 2014, Caurie veut atteindre 5 à 10 % d'hommes, au travers de ces agences présentes sur tout le territoire, avec un objectif de 60 % de clients en zone rurale. Un pays que la Fondation Grameen Crédit Agricole connaît bien puisqu'elle détient 10 % des parts du capital de la Laiterie du Berger créée en 2006, à Richard Toll – au nord du sénégal - par Bagoré Bathily, vétérinaire de 34 ans. Un exemple pour quelque 600 familles d' éleveurs qui peuvent - aujourd'hui – se nourrir de leur production laitière. La denrée, certifiée d'origine sénégalaise, est collectée auprès des exploitants, acheminée et distribuée aux consommateurs. Sur un territoire, où le chiffre d'affaires annuel du marché sénégalais du lait est estimé à 50 miliards de francs CFA et constitué à 80 % d'importation de poudre de lait et 20 % de lait liquide, également importé ; le pari était risqué. Mais le jeune dirigeant a réussi, non sans mérite ; le courage chevillé au corps. L'usine de Richard Toll est passée d'une production de 500 à 2 000 litres de lait par jour, tous produits confondus et compte, déjà, près de 400 clients. Autre exemple de soutien celui de PEACE, en Ethiopie. Elle est la 12ème Institution de microfinance d'Ethiopie en nombre de clients et la 8ème, en taille de portefeuille. Elle intervient en zones rurales où réside 90 % de sa clientèle, à 76 % féminine. PEACE propose des prêts en monnaie locale à des groupes d'emprunteuses, d'un montant moyen de 126 euros pour une durée moyenne de 11 mois. Les prêts ne sont octroyés qu'aux seuls membres de groupes solidaires, constitués en associations. Un système efficace qui permet à l'assemblée d'unir ses efforts et de définir de nouveaux objectifs. Dans le même esprit Soro Yiriwaso, au Mali. Créée en 1986 sur la base d'un programme de microcrédit mis en place par Save the Children. Elle cible en priorité les femmes travaillant dans le secteur agricole et en zones rurales. Les prêts de groupe représentent 80 % du portefeuille de crédits de Soro Yiriwaso. Ils s'échelonnent de 23 euros à 152 euros. La méthodologie des prêts de groupes agricoles a été développée avec le soutien de MicroSave, et se révèle à la fois particulièrement performante et appréciée par les clients. Les prêts sont – en effet – spécifiquement adaptés en fonction du type de culture, de la surface exploitée, et du prix des intrants. Les remboursements s'effectuent, une fois, les récoltes terminées. Financé, par la Fondation Grameen Crédit Agricole, sous la forme d'un prêt de 600 millions de FCFA, Soro Yiriwaso offre, par ailleurs, à ses clients des prêts de groupes dédiés aux activités commerciales, ainsi que plusieurs types de prêts individuels pour les agriculteurs et les paysans. A travers ses différentes illustrations, on peut d'emblée observer les résultats précurseurs de ce nouveau partenariat entre la banque verte et l'Institution de Muhammad Yunus, sur le terrain. Mais la prudence reste de mise, il faut – pour amplifier le mouvement – que les gouvernements aménagent une licence bancaire sur mesure, pour les institutions de microfinance qui ont absolument besoin de pouvoir – selon le fondateur de la Grameen Bank – d'accueillir des dépôts.
Chantal GUIONNET |